A mi-chemin de Grasse et de Tourrettes-sur-Loup, l'étape est de fort bon aloi : Hôtel La Réserve, Grand Hôtel et Hôtel Dozol, Auberge des Gorges du Loup, Café Restaurant du Chemin de Fer. Au printemps 1891, la reine Victoria vient en landau visiter ce lieu de villégiature et faire boire ses chevaux à la fontaine près du café du pont.
L'endroit est apaisant mais le moulin se révèle bien peu lucratif et sa carrière s'achève en 1927, lorsqu'il cède la place à la parfumerie Euzière. En 1935, l'usine est rachetée par la Parfumerie Fragonard, fondée par Eugène Fuchs, et s'installe dans un environnement d'orangers, au pied du viaduc des Chemins de Fer de Provence dont la "ligne du sud" relie alors Nice à Draguignan.
Fabrication de parfums naturels, distillation de fleurs d'oranger, savons, mise en flacons ... la belle clientèle de la Côte d'Azur vient goûter la fraîcheur de ce haut-pays des fleurs et rapporte de ses expéditions au "Vieux Moulin" plus d'un souvenir parfumé.
Le pont est inauguré en 1892 dans l'euphorie des discours officiels. "Ce viaduc à la forme robuste et majestueuse peut défier l'éternité et les vents en courroux ne pourront plus désormais que le caresser de leur souffle puissant ... Que le petit vin du Bar, uni à la piquette de Tourrettes, coule dans nos verres ... Le pont verra, immortel, fleurir chaque printemps l'oranger et la violette." Le notable qui s'époumonne alors, ignore qu'un peu plus de cinquante ans plus tard, le 24 août 1944 au matin, le vaillant ouvrage sera détruit par les allemands. Quelques barils de poudre auront eu raison de ses arches principales, détruisant en même temps une partie de la parfumerie.
Un moulin, une parfumerie, une confiserie ... Cette dernière activité est la bonne et s'installe dans le temps. On doit l'idée de la reconversion à Georges Fuchs, visionnaire et grand voyageur. Cet homme estimé de tous était proche de la famille Nègre, illustre famille de confiseurs qui livrait à la Belle Époque la Cour de Russie. Il leur racheta les cuves en cuivre à confitures et les terrines en terre cuite encore utilisées aujourd'hui dans l'usine et reprit les secrets de fabrication des fleurs cristallisées et des fruits confits.
En 1949, la Confiserie des Gorges du Loup ouvre ses portes. On y transforme déjà les fleurs et les fruits des proches collines. Agrumes, qui deviendront confitures, fruits confits et orangettes. Violettes, qui seront cristallisées ou confites. Figues, disposées sur de grandes grilles et séchées au soleil, sans oublier les roses transformées en confits, bonbons, sirop ou pétales cristallisés.
La Confiserie reçoit en 1972 la Coupe d'Or du Bon Goût Français et une nouvelle étape commence, deux ans plus tard, avec l'installation de nouveaux locaux dans l'ancienne chocolaterie Florian, bien connue des niçois.
En 1996, l'activité est partagée entre les héritiers. La famille Costa conserve la parfumerie Fragonard et la famille Fuchs développe la Confiserie et fait renaître le nom de "Florian".
Sens de la famille et du patrimoine se perpétuent et se renforcent. Ce sont les arrière-petits enfants d'Eugène Fuchs - Frédéric, directeur général de l'entreprise et son épouse Natalie, Sandrine Wyler - née Fuchs - responsable de l'établissement de Nice - qui dirigent aujourd'hui la Confiserie. |